Gagner en bien-être en mangeant comme nos ancêtres préhistoriques : telle est la promesse du régime paléo. Cependant, certains grands noms, dont Gwyneth Paltrow, s’en éloignent. Que penser réellement de cette diète ?
Fin avril, Gwyneth Paltrow a déclaré dans The Goop Podcast : « J’en ai eu assez ». L’actrice, autrefois fervente adepte du régime paléo, a décidé de revenir à une alimentation plus variée, incluant pain, pâtes et fromage, en admettant avoir été « un peu trop stricte » avec elle-même. Le principe de ce régime repose sur l’idée que notre alimentation devrait s’apparenter à celle des chasseurs-cueilleurs d’il y a 10 000 ans, excluant notamment les produits transformés, laitage, céréales, légumineuses, et sucres ajoutés. Cependant, cette approche est-elle réellement bénéfique pour notre santé dans un monde saturé d’aliments industriels ? Pour éclairer ce sujet, nous avons interrogé le Dr Marie-Christine Boutron-Ruault, spécialiste de la nutrition et directrice de recherche émérite à l’Inserm.
Dans l’assiette des chasseurs-cueilleurs
Le régime paléo a vu le jour aux États-Unis dans les années 1970 grâce au gastro-entérologue Walter Lyle Voegtlin. Ce mouvement a été popularisé dans les années 2000 par le chercheur Loren Cordain. L’idée maîtresse : adopter une alimentation similaire à celle des chasseurs-cueilleurs avant l’ère agricole, en privilégiant la viande sauvage, les poissons pêchés, les œufs de saison, les légumes crus, les baies, les racines et les noix. Selon le Dr Boutron-Ruault, cette approche est difficile à appliquer aujourd'hui : « Les groupes alimentaires ont beaucoup évolué. Reproduire ce régime alimentaire de manière fidèle est désormais impossible. »
Des bénéfices communs à d’autres diètes
Le régime paléo gagne en popularité en raison de ses principes de santé fondamentaux : limiter les aliments transformés. Sur ce point, les bénéfices sont tangibles. « Éliminer les produits ultratransformés est de toute évidence bénéfique », confirme le Dr Boutron-Ruault, évoquant des études brésiliennes sur le lien entre alimentation industrielle et maladies chroniques. Un autre avantage souvent cité est la réduction de la consommation de sucre et de sel, entraînant une perte de poids. Cependant, ces résultats sont également observés dans d’autres régimes alimentaires équilibrés. De plus, certains adeptes rapportent une digestion améliorée, mais cela dépend fortement des individus.
Des limites à ne pas ignorer
Le régime paléo présente également des risques. En évitant les produits laitiers, il peut provoquer des carences en calcium et augmenter les risques de fragilité osseuse. De plus, la consommation excessive de viande rouge pourrait favoriser le cancer colorectal à cause du fer héminique et de son impact inflammatoire sur les intestins. Le Dr Boutron-Ruault conseille de consommer la viande avec modération et de choisir des alternatives meilleures pour la santé, comme la volaille ou les poissons gras, tout en restant vigilant sur leur provenance.
Enfin, le régime paléo peut engendrer des comportements obsessionnels. « Tout régime alimentaire doit être encadré par des professionnels pour éviter les dérives orthorexiques », prévient-elle. Ainsi, pour manger sainement, il n'est pas nécessaire de revenir à l'époque préhistorique. Le Dr Boutron-Ruault recommande plutôt une alimentation riche en aliments bruts, de saison et préparés à la maison, sans oublier de privilégier les fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes, et de garder un œil sur la qualité des produits consommés. Ainsi, prendre soin de sa santé ne nécessite pas de vivre comme un homme des cavernes, mais parfois simplement d'adopter la cuisine de nos grands-mères.







